AFMD

Interview

Entretien avec Michel Sapin, Ministre du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social

 

Successivement ministre délégué auprès du Ministre de la Justice, de l’Économie et des Finances puis de la Fonction publique et de la Réforme de l’État, Michel Sapin a également été maire d’Argenton-sur-Creuse, député de l’Indre puis des Hauts-de-Seine, et président des conseils régionaux du Centre et d’Ile-de-France. Aujourd’hui ministre du Travail de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social, il a accepté de répondre aux questions de l’AFMD.

 

 

1. Le Ministère du Travail, de l’Emploi, de la Formation professionnelle et du Dialogue social a récemment obtenu le label Diversité. Qu’est-ce qui a motivé cette démarche ? 

 

Avant tout notre souci d’exemplarité. Il est très important que le ministère s’applique à lui-même les principes qu’il promeut auprès des entreprises. Il aurait par exemple été inconcevable que nous ne respections pas l’obligation d’emploi de travailleurs handicapés.

La politique de l’emploi est au service de l’ensemble de la société et en particulier des plus fragiles et de ceux qui peuvent être victimes de discriminations. La fonction publique doit également donner toute leur place à ces personnes.

 

2. Le contrat de génération était une mesure phare du gouvernement. Trois mois après son entrée en vigueur, où en sommes-nous ?

 

Le contrat de génération est en train d’entrer dans les pratiques. Cela prend un peu de temps car il faut que les entreprises s’approprient la démarche et il faut une négociation dans les entreprises de plus de 50 salariés. Pour un chef de petite entreprise, le contrat de génération est par contre immédiat et il monte en charge rapidement. Il crée en effet une dynamique positive en intégrant des jeunes, tout en veillant à valoriser les compétences des plus anciens, sans qu’ils ne se sentent poussés vers la porte.

Je suis frappé par la qualité de certains accords que nous recevons. On sent que les partenaires se sont appropriés les problématiques d’emploi des jeunes et des seniors et qu’ils cherchent à y apporter des solutions innovantes.

 

3. L’AFMD a mis en place un atelier d’échanges sur le contrat de génération auquel a d’ailleurs participé le Ministère. Quel regard portez-vous sur cette initiative ?

 

Pour discuter souvent avec des chefs d’entreprises et des DRH, je sais qu’ils sont très preneurs de lieux de partage sur leurs pratiques. Les évolutions de la société interpellent en permanence les entreprises, qui doivent les intégrer, s’y adapter et les transformer en opportunités.

Au quotidien, on n’a pas forcément le temps de prendre du recul et de réfléchir sur ses pratiques de recrutement et d’encadrement. Je trouve donc très positif que les managers aient l’occasion d’échanger sur ces sujets.

 

4. Quels sont les grands chantiers à venir du Ministère en matière de lutte contre les discriminations et de promotion des diversités ? Quel rôle peut jouer l’AFMD à vos côtés ?

 

Il y en a beaucoup ! Dans le cadre du plan pluriannuel de lutte contre la pauvreté, nous voulons ramener vers les entreprises les personnes qui, à un moment donné, se sont trouvées éloignées du marché du travail. Pour cela, nous souhaitons sécuriser juridiquement les périodes d’immersion en entreprise et favoriser une utilisation qualitative des clauses sociales dans les marchés publics.

Avec François Lamy*, nous lançons une expérimentation autour des emplois francs qui sont une aide au recrutement visant spécifiquement les jeunes des quartiers populaires. Marie-Arlette Carlotti** prépare en ce moment le comité interministériel du handicap et je réfléchis avec elle aux moyens de faciliter le respect par les entreprises de leur obligation d’emploi des travailleurs handicapés. Nous sommes dans une logique de simplification et non d’accroissement de sanctions.

Enfin – mais ce n’est pas exhaustif – je travaille activement avec Najat Vallaud-Belkacem***, pour faire évoluer les pratiques des entreprises en luttant contre les stéréotypes et en sanctionnant les pratiques discriminatoires lorsqu’elles sont avérées. Nous pensons que le temps de l’action concrète est venu car la persistance d’inégalités aussi flagrantes n’est pas tolérable.

Sur tous ces thèmes, l’AFMD peut agir, à la fois en amont en nous faisant part des préoccupations des managers et, en aval, pour faciliter la mise en œuvre des politiques.

 

 

*Ministre délégué chargé de la Ville

**Ministre déléguée aux personnes handicapées et à la lutte contre l’exclusion

***Ministre des droits des femmes