AFMD

Interview

 

Allodiscrim 

Entretien avec Max Mamou, avocat

Max Mamou est avocat en droit privé et droit public des affaires.

En 2008, il crée Allodiscrim, une structure d’avocats en réseau dédiée à la prévention et à la gestion des risques juridiques et sociaux liés à la discrimination. Il intervient régulièrement dans le cadre des rencontres de réseaux associatifs comme l’AFMD, FACE et l’ANDRH.

 

Quand et comment avez-vous commencé à travailler sur la diversité ?

Lorsque, sous l’impulsion de l’Union Européenne, les mécanismes de mise en œuvre du principe de non-discrimination (aménagement du régime probatoire et création de la Halde) sont apparus dans le droit français, je travaillais dans la prévention des risques juridiques pour le monde de l’entreprise. Dès lors, le risque de se voir reprocher de discriminer ses salariés est devenu autrement plus réel. J’ai donc développé une nouvelle approche du risque juridique lié à la discrimination, plus préventive.
En 2008, la création du Label Diversité a encouragé les entreprises à mettre en place des cellules d’écoute des discriminations. Pour répondre au besoin des entreprises qui ne souhaitaient pas internaliser un tel dispositif, j’ai fondé Allodiscrim, une cellule d’écoute gérée par des avocats dont l’objectif est la connaissance de ses droits par le salarié et le maintien de la relation de travail. Pour chaque situation d’atteinte potentielle aux droits d’un salarié, nous faisons ensemble le bilan des éléments factuels et légaux et recensons les moyens qui lui permettront de récupérer ses droits au sein de l’entreprise.
Aujourd’hui, Allodiscrim s’approprie le concept de diversité pour mieux lutter juridiquement contre les discriminations : en recherchant les compétences tout en respectant le droit des personnes, l’entreprise va naturellement faire de la diversité et sera de fait plus performante.

Pourquoi avez-vous choisi d’adhérer à l’AFMD ?

J’ai commencé à travailler avec l’AFMD en 2010, comme intervenant-expert sur les cellules d’écoute des discriminations en milieu professionnel. Les entreprises étaient alors dans la découverte des problématiques liées à ces dispositifs et mon expertise a été sollicitée dans le cadre de manifestations de l’AFMD.
Allodiscrim a franchi le pas de l’adhésion en février 2012 pour plusieurs raisons. Ce qui m’a d’abord intéressé, c’est que le droit soit sollicité au service des performances de la politique diversité des entreprises. Ensuite, je trouve que l’offre de l’AFMD est attractive et la démarche de recherche-action permet un bon équilibre entre réflexion et action. En tant qu’adhérent, nous avons une vraie possibilité d’œuvrer afin de clarifier puis de stabiliser le concept de diversité tout en explorant les pratiques des uns et des autres. Dans les groupes de travail, chaque participant amène de la matière et contribue ainsi à créer de l’intelligence. Et comme nul ne peut participer à l’ensemble des groupes de travail, nous pouvons thésauriser ce précieux savoir grâce aux livrables !

Quels sont vos projets diversité à venir ?

Nous avons réalisé une étude en partenariat avec ICAS France pour déterminer la manière dont les entreprises appréhendent la gestion et la prévention des risques psychosociaux et ceux liés à la discrimination. La discrimination est très souvent un acte susceptible de générer une souffrance psychique et physique pour les personnes. A ce titre, il est intéressant de voir comment fonctionnent les liens entre discrimination et risques psychosociaux dans l’optique d’une meilleure prévention. Or, l’entreprise a tendance à gérer ces deux concepts de façon dissociée. Grâce à cette étude, nous voulons alerter sur la nécessité d’élaborer une approche conjointe de la discrimination et des risques psychosociaux.
D’autre part, nous avons pour projet de créer la première chambre européenne des métiers de « l’écoute déléguée ». L’entreprise doit pouvoir confier l’écoute de la souffrance et de la maltraitance juridique de ses salariées à des intermédiaires en toute sérénité. Demain, d’autres acteurs pratiqueront peut-être cette écoute déléguée. Je souhaite donc voir réunis les métiers situés à la périphérie de l’entreprise pour professionnaliser, fédérer et rendre visibles les acteurs que nous sommes. La dimension européenne de cette chambre permettra aux entreprises françaises qui se filialisent en Europe, de retrouver les savoir-faire et la déontologie qu’elles connaissent en France.